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Conteur de memoires Biographe familial - Ecrivain public

Nous avons appris le Francais en quatre mois

"l’amour de nos parents, constituait un rempart pour les enfants que nous étions”

Nous sommes arrivés en juin. Sans argent, ni travail, nous avons erré d’hôtels minables en chambres miteuses. Dans ces lieux d’hébergement bas de gamme, voire insalubres, le soir, mes parents faisaient la chasse aux punaises.

Nous dormions à quatre dans un seul grand lit, ma petite sœur dormait à même le sol sur un petit matelas. Elle a conservé ce souvenir, ça l’a beaucoup marqué. Nous espérions toujours l’arrivée des malles en osier, en pure perte car elles ne sont jamais venues jusqu’à nous.

Il y avait la barrière de la langue, maman parlait très légèrement, papa absolument pas et nous non plus. 

Nous avons habités dans le 17ème arrondissement, tout près du square des Epinettes et maman nous a demandé d’aller jouer au contact des petits français. Pour elle, c’était le plus sûr moyen de nous intégrer rapidement, d’apprendre très vite cette langue inconnue. Quand l’école a commencé quatre mois plus tard, nous parlions pratiquement le Français.

La vie s’avérait très difficile, souvent, nous partions des hôtels à la cloche de bois, j’ai un peu honte aujourd’hui de l’avouer, mais nous étions dans l’incapacité de payer. Heureusement que notre solidarité familiale, l’amour de nos parents, constituaient un rempart pour les enfants que nous étions.

Un jour pourtant, en été, nous nous sommes retrouvés sans solution, totalement démunis, tous les cinq assis sur un banc avec un seul quignon de pain, alors que la soirée avançait inexorablement. Nous n’avions plus rien. Nous étions résignés à passer la nuit sur ce banc de fortune. Le destin en a décidé autrement. Parfois, il suffit de peu de chose, d’un peu d’humanité, un petit coup de pouce pour repartir.

A l’époque, les soirs d’été, les concierges sortaient sur le pas de leurs immeubles pour discuter, prendre le frais sur une chaise. L’une d’entre elles est venue nous voir, il était 23 heures, elle avait compris notre situation et nous a hébergées. Je me souviendrai toujours d’elle, de ce lieu, et je suis toujours très émue lorsqu’il m’arrive de passer devant cette adresse. J’en ai les larmes aux yeux.

Par le plus grand des hasards, ce 77 abritait un petit hôtel….

Cette solidarité constituait en quelque sorte le départ de quelque chose de nouveau, car non seulement, elle nous a donné une chambre, mais elle a fourni une machine à coudre à maman qui a pu ainsi démarrer des petits travaux de couture. Normalement, il était interdit de travailler dans les hôtels, et puis nous étions des étrangers, des sans-papiers, sans réel droit de séjour, qui n’avaient pas le droit d’exercer une activité professionnelle.

Une totale confidentialite

Cette clause de confidentialité, garante d’une confiance indispensable à notre future relation, est particulièrement importante dans ma déontologie. Je garantis aux narrateurs la plus grande discrétion. Ce qui ne sera pas imprimé dans le livre restera entre vous et moi.